Chiffre d’affaires élevé, salaire modeste : pourquoi beaucoup de dentistes se paient moins que leurs assistantes ?

Chiffre d’affaires élevé, salaire modeste : pourquoi beaucoup de dentistes se paient moins que leurs assistantes ?

Beaucoup de chirurgiens-dentistes affichent un chiffre d’affaires qui ferait rêver bon nombre de salariés. Des centaines de milliers d’euros générés chaque année, un cabinet qui tourne, des patients fidèles et pourtant à la fin du mois, la rémunération que le praticien se verse ne reflète pas vraiment cette réalité.

C’est l’un des paradoxes les plus fréquents et les moins évoqués de la profession. On parle de chiffre d’affaires, de croissance, de nouveaux actes à développer. Mais on parle rarement de ce que le praticien gagne réellement, nette de charges, disponible sur son compte personnel.

Un chiffre d’affaires élevé ne dit rien de la rentabilité d’un cabinet. Et la rentabilité d’un cabinet ne dit pas toujours grand-chose de ce que son dirigeant se paie vraiment.

Dans cet article, nous allons voir pourquoi cette situation est si courante et surtout comment en sortir.

La confusion entre chiffre d’affaires et revenu réel


C’est la première source de désillusion pour beaucoup de praticiens. On annonce fièrement un chiffre d’affaires à six chiffres et on réalise quelques mois plus tard que ce chiffre ne correspond pas du tout à ce qui arrive sur le compte bancaire personnel.

Et pour cause. Entre le chiffre d’affaires brut et la rémunération nette du praticien, il y a un écart que l’on sous-estime presque systématiquement en début d’activité.

Les charges qui absorbent cet écart sont nombreuses et souvent mal anticipées :

  • les cotisations sociales et professionnelles, qui représentent en moyenne entre 30 et 45% du bénéfice selon le statut juridique
  • les charges de personnel, souvent le premier poste de dépenses du cabinet
  • les remboursements d’emprunts liés aux équipements ou aux travaux d’installation
  • les charges fixes du cabinet : loyer, assurances, logiciels, consommables
  • la fiscalité, qui varie fortement selon la structure juridique choisie

Ce que beaucoup de praticiens ignorent, c’est que leur statut juridique a un impact direct sur ce qu’ils peuvent se verser. Un praticien en entreprise individuelle et un praticien en SELARL ne se rémunèrent pas de la même façon et ne sont pas soumis aux mêmes prélèvements.

Comprendre où va l’argent avant de se demander pourquoi il ne reste rien, c’est le point de départ de tout travail sur la rémunération.

Les erreurs de structure qui plombent la rémunération

Une fois qu’on a compris où va l’argent, il faut regarder pourquoi il y en a parfois si peu qui reste. Et là, on découvre souvent des décisions prises sans vraiment en mesurer les conséquences sur le long terme.

La première erreur est celle de la masse salariale mal calibrée. Recruter trop tôt, embaucher un profil trop senior pour le stade de développement du cabinet ou multiplier les postes sans vérifier leur impact sur la rentabilité sont des décisions qui pèsent très lourd sur ce que le praticien peut se verser chaque mois.

La deuxième erreur est celle des investissements non anticipés. Un fauteuil supplémentaire, un scanner, des travaux d’agrandissement : ces décisions sont souvent prises sous l’impulsion d’une bonne année sans intégrer leur impact réel sur la trésorerie des mois suivants.

La troisième erreur, et peut-être la plus répandue, est l’absence de pilotage financier régulier. Beaucoup de praticiens ne regardent leurs chiffres qu’une fois par an, au moment de la clôture comptable. C’est trop tard pour corriger le tir.

Sans indicateurs suivis régulièrement, il est impossible de savoir si le cabinet est en train de dériver avant que les conséquences ne deviennent visibles :

  • un taux de charges qui dépasse le seuil de vigilance
  • une trésorerie qui s’érode mois après mois sans raison apparente
  • une rémunération du praticien qui stagne alors que le chiffre d’affaires progresse

Ces situations ne sont pas une fatalité. Elles sont presque toujours le résultat de décisions prises sans cadre financier clair. Et elles se corrigent dès lors qu’on accepte de regarder les chiffres en face.

Comment se payer correctement sans mettre le cabinet en danger

Se payer correctement n’est pas une conséquence automatique d’un bon chiffre d’affaires. C’est une décision qui se prépare, qui se structure et qui s’intègre dans le pilotage global du cabinet au même titre que n’importe quelle autre charge.

La première étape est de définir une rémunération cible. Pas ce que le cabinet peut théoriquement supporter, mais ce dont le praticien a réellement besoin pour vivre correctement, épargner et préparer l’avenir. Cette rémunération cible devient ensuite un indicateur de pilotage à part entière, au même titre que le chiffre d’affaires ou le taux de charges.

La deuxième étape est de construire une trésorerie de sécurité. Un cabinet qui n’a pas de réserve est un cabinet qui subit. Une mauvaise série, un équipement qui tombe en panne ou un mois creux suffisent à déstabiliser une organisation financière fragile. Viser l’équivalent de deux à trois mois de charges fixes en réserve est un minimum raisonnable.

La troisième étape est d’instaurer un suivi financier mensuel, même simple :

  • comparer le chiffre d’affaires réalisé à l’objectif fixé
  • vérifier que le taux de charges reste dans les limites prévues
  • s’assurer que la rémunération versée est cohérente avec la santé du cabinet

Ce suivi ne demande pas des heures. Il demande de la régularité et les bons interlocuteurs autour de soi, notamment un expert-comptable spécialisé dans les professions de santé qui parle le même langage que vous.

Se payer à la hauteur de son investissement professionnel n’est pas un luxe. C’est le signe d’un cabinet bien piloté.

 

Un chiffre d’affaires élevé est une bonne nouvelle. Mais ce n’est qu’un point de départ. Ce qui compte vraiment, c’est ce que ce chiffre devient une fois que toutes les charges sont absorbées et que le cabinet fonctionne dans de bonnes conditions.

Beaucoup de praticiens attendent que la situation s’améliore d’elle-même. Que le cabinet grossisse encore un peu, que les emprunts se remboursent, que les charges se stabilisent. Mais sans cadre financier clair et sans décisions assumées sur la rémunération, cette amélioration tarde rarement à arriver.

Se payer correctement est une décision de chef d’entreprise. Et c’est souvent l’une des premières que les praticiens les plus performants ont appris à prendre.

Si vous souhaitez faire le point sur la structure financière de votre cabinet et comprendre comment optimiser votre rémunération, notre équipe est disponible pour en discuter avec vous.

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